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Les magistrats mis en cause par FRANCOIS HOLLANDE

Les magistrats en colère après des propos polémiques de Hollande
Par AFP — 12 octobre 2016 à 18:19 (mis à jour à 22:06)
Les deux plus hauts magistrats de France, Bertrand Louvel (d) et Jean-Claude Marin, à Paris le 14 janvier 2016
Les deux plus hauts magistrats de France, Bertrand Louvel (d) et Jean-Claude Marin, à Paris le 14 janvier 2016 Photo LIONEL BONAVENTURE. AFP
Dans le livre des deux journalistes du Monde consacré aux confessions du président, François Hollande, qui est apparu très offensif, n’a pas épargné les magistrats.

Les magistrats en colère après des propos polémiques de Hollande
La «lâcheté» de juges et de procureurs qui «se planquent» et «jouent les vertueux» : ces propos de François Hollande, rapportés dans un livre de confessions (1), ont suscité mercredi 12 octobre une très forte indignation parmi les magistrats.

Les deux plus hauts magistrats de l’ordre judiciaire en France, le premier président et le procureur général près de la Cour de cassation, qui d’habitude goûtent peu les coups d’éclat, se sont immédiatement invités à l’Elysée. Ils ont été reçus à 20h et sont sortis 20 minutes plus tard, sans faire de déclaration.

Bertrand Louvel et Jean-Claude Marin veulent «essayer de comprendre» des commentaires rapportés dans le livre «Un Président ne devrait pas dire ça…» des journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet, avait indiqué avant l’entrevue un porte-parole de la Cour.

Dans le livre, Hollande déclare d’abord : «Je n’ai jamais espionné un juge, je n’ai jamais rien demandé à un juge, je n’ai jamais été financé par la Libye, etc.», pour mieux marquer sa différence avec Nicolas Sarkozy. Depuis 2013, la justice française enquête sur des accusations de financement libyen de la campagne présidentielle de l’ex-chef de l’Etat en 2007.

Mais François Hollande semble aussi parfois compatir avec les ennuis judiciaires de son prédécesseur. Evoquant la géolocalisation par les juges de ses téléphones, il déclare : «S’il n’y a rien dans le dossier, c’est choquant, c’est vrai». «C’est hélas le comportement de la justice», tranche-t-il.

Puis le président tient des propos franchement critiques : «Cette institution, qui est une institution de lâcheté… Parce que c’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique. La justice n’aime pas le politique…».

Mauvais souvenir
Ces déclarations risquent de faire voler en éclats une relation plutôt apaisée jusqu’ici entre le chef de l’Etat et les magistrats, au moins sur la forme.

Ces derniers avaient jusqu’ici «eu l’impression de souffler» sous ce quinquennat, pour reprendre une expression de Clarisse Tarron, présidente du Syndicat de la magistrature, organisation minoritaire classée à gauche.

Le monde de la justice a gardé un fort mauvais souvenir de Nicolas Sarkozy, qui avait traité les magistrats de «petits pois».

L’ex-président avait également déclenché une grève inédite des tribunaux, en mettant en cause des magistrats pour des défaillances dans le suivi de Tony Meilhon, condamné pour le meurtre de Laetitia Perrais.

A l’inverse, les magistrats savaient gré jusqu’ici à l’actuel chef de l’Etat de s’abstenir de toute critique publique des juges, et de laisser travailler les procureurs.

L’indignation n’en était donc que plus vive mercredi.

L’Union syndicale des magistrats (USM), organisation largement majoritaire et qui avait reçu François Hollande à son congrès vendredi dernier, a fait part de sa «consternation» face à son «double discours». Vendredi à Dijon, le président avait en effet dit son respect de l’institution judiciaire aux membres de l’USM, dont plusieurs s’étaient levés pour l’applaudir.

Le syndicat, qui se définit comme «apolitique» et a remporté plus de 70% des voix aux dernières élections professionnelles, «demande que les propos sur la lâcheté de l’institution judiciaire soient infirmés ou retirés».

Clarisse Tarron, pour le Syndicat de la magistrature, a quant à elle qualifié la critique faite par François Hollande d’«extrêmement pauvre».

«Nous ne considérons pas que l’institution judiciaire soit exempte de critique», a-t-elle dit. Mais elle juge malgré tout «regrettable» que le chef de l’Etat s’en prenne à la justice alors que cette dernière est, selon elle, «marginalisée» face à la multiplication des textes sécuritaires adoptés dans le cadre de la lutte antiterroriste.

Car si les relations entre l’exécutif et le monde de la justice se sont apaisées, sur le fond François Hollande n’a pas fait taire toutes les critiques des magistrats, quand il n’en a pas suscité de nouvelles.

Les juges judiciaires et procureurs de France s’inquiètent ainsi régulièrement des pouvoirs toujours plus grands donnés à la justice administrative. Les magistrats regrettent également l’échec d’une réforme du statut du parquet, qui avait été promise par le candidat Hollande pour renforcer l’indépendance des procureurs.

(1) «Un président ne devrait pas dire ça…», de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Stock, 2016.

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