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CE QUE LES POLICIERS REPROCHENT A LA JUSTICE

LE FIGARO Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 20/10/2016 à 18h52 | Publié le 20/10/2016 à 18h48
Reçus mercredi par le garde des Sceaux, les syndicats de policiers réclament une sévérité accrue envers les multirécidivistes.
«Le problème, ce ne sont pas les zones de non-droit, ce sont les zones de non-loi.» Bruno Beschizza, le maire (LR) d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), ne décolère pas, alors que mercredi soir défilaient encore 300 policiers à Paris, 120 à Toulouse et 100 à Nancy. «Il n’y a pas un endroit de ma commune où mes policiers municipaux ne vont pas. Mais il y a un tel décalage entre les faits et la réponse pénale qu’il y a un sentiment d’impunité qui ne cesse de se développer chez les délinquants», souligne l’élu qui compte déjà 38 fonctionnaires blessés et 28 classements sans suite pour des infractions graves dont les auteurs sont pour la plupart des multirécidivistes ou des multiréitérants.
Par exemple, le caillassage en règle d’un bus circulant dans sa ville pendant près de dix jours et au même endroit par cinq mineurs interpellés en flagrance n’a donné lieu, pour deux d’entre eux, qu’à un simple rappel à la loi par l’officier de police judiciaire et, pour les trois autres, qu’à un rappel à la loi devant le procureur. «Ils sont mineurs, alors on ne peut rien faire.», souligne ce responsable de la police municipale qui doit faire face, comme la plupart de ses collègues policiers, partout en France, à une délinquance de jeunes âgés de 15 à 25 ans.
Au reproche de l’impunité, les policiers ajoutent celui de l’incongruité des poursuites.
«L’affaire de Viry-Châtillon vous est parvenue parce que les policiers ont été brûlés vifs dans leur véhicule. Mais la semaine dernière, en province, un jeune de 15 ans interpellé avec un cocktail Molotov allumé à la main et qui s’apprêtait à faire la même chose n’a fait l’objet d’aucune poursuite», souligne Mickaël Trehen, représentant du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP). «À Marseille, en dépit d’une problématique spécifique d’attaques à répétition au couteau, souligne encore ce dernier, le port d’arme blanche n’est jamais poursuivi.»
Au reproche de l’impunité, les policiers ajoutent celui de l’incongruité des poursuites. Alors que les ministères de l’Intérieur et de la Justice insistent sur la résolution des affaires de cambriolages, spécialité des gens de l’Est, «il est souvent arrivé aux collègues d’interpeller en flagrant délit des individus en possession de plusieurs convocations devant l’officier de police judiciaire pour des faits similaires. Nous en avons même retrouvé sur des cambriolages comme éléments de preuve! Pourquoi ne sont-ils jamais écroués alors qu’ils ne présentent aucune garantie de représentativité», regrette ce représentant du SICP.
Tous les témoignages le montrent, l’absence de réponse pénale à la mesure des faits entraîne une escalade dans la violence et la gravité des infractions commises en série. «Je me souviens de cet individu interpellé avec 600 grammes de cannabis et pour recel de vol, déjà jugé pour une cinquantaine d’affaires: escroquerie, stupéfiant, recel, vol avec effraction, dégradation. Il a écopé de huit mois avec sursis en comparution immédiate. Cette délinquance d’habitude est celle à laquelle nous sommes majoritairement confrontés», témoigne cette commissaire de région parisienne. Quant aux actes d’outrage, de rébellion et de violence, elle se souvient de «cette interpellation si houleuse – de ce jeune adulte faisant du rodéo à moto – que l’un des policiers avait obtenu dix jours d’arrêt de travail. L’individu, multiréitérant – viol, extorsion de fonds, stupéfiants – n’a écopé que d’un travail d’intérêt général».
«Comme nous, le garde des Sceaux convient que nous sommes au bord d’un embrasement de certains quartiers.»
Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-officiers
Pire est encore la constatation que, devant un magistrat, la parole d’un délinquant vaut autant que celle d’un policier assermenté et dépositaire de l’autorité publique. «Il y a quelques années en Bretagne où les interpellations pour violence sur force de l’ordre sont fréquentes la nuit, à cause de l’alcoolisme, un magistrat instructeur en avait déduit que la brigade de nuit était particulièrement violente», souligne-t-on au SICP.
Jeudi soir, le garde des Sceaux a tenté d’apaiser la colère des policiers. Alors que nombre de parquets français affirment ne pas détenir de statistiques sur les violences sur les policiers et les réponses pénales correspondantes, Jean-Jacques Urvoas a promis d’ici à un mois une totale «transparence» des chiffres. «Comme nous, le garde des Sceaux convient que nous sommes au bord d’un embrasement de certains quartiers et que tout peut basculer. C’est ce que disent les manifestations de policiers. Il a fait le parallèle avec l’explosion des violences en prison», résume Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-officiers. Le ministre a également promis une nouvelle circulaire de politique pénale. «Mais ce n’est pas une orientation contraignante, fait-on remarquer au SICP. Le garde des Sceaux n’a aucun moyen pour la faire appliquer.»
Jets de cocktails Molotov à Vénissieux
Mercredi soir à Vénissieux dans la banlieue lyonnaise, des policiers ont été pris à partie par une quarantaine de jeunes qui ont jeté des cocktails Molotov sans atteindre leurs véhicules ni faire de blessés. Ces incidents sont survenus après une interpellation dans une affaire de stupéfiants, peu avant 20 heures, dans le quartier des Minguettes, cette arrestation faisant suite à d’autres ces dernières semaines. Des jeunes d’une vingtaine d’années s’opposent alors aux policiers de la Brigade de sécurité territoriale qui interviennent. Deux équipages de la Brigade anticriminalité (huit fonctionnaires) arrivent ensuite sur place. Leurs collègues s’en vont en exfiltrant la personne interpellée, tandis que des jeunes lancent des pierres et deux cocktails Molotov qui explosent au sol. Des pavés et boules de pétanque sont aussi lancés sur les voitures de police

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