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LA JUSTICE MISE EN CAUSE PAR HOLLANDE

Le premier président de la Cour de cassation, Bertrand Louvel, a asséné qu’il n’était « pas concevable que la charge de président (…) puisse être utilisée par son titulaire pour contribuer à diffuser, parmi les Français, une vision aussi dégradante de leur justice ». M. Louvel et le procureur général de la plus haute juridiction française, Jean-Claude Marin, avaient été reçus à leur demande en catastrophe, mercredi soir, par le chef de l’Etat. Jeudi, ils ont mis toute la solennité de la Cour de cassation au service de leur indignation, en ouvrant à la presse une audience dans la « Grande Chambre », devant une assemblée de magistrats en grande tenue.

Selon M. Marin, l’entretien de la veille, à l’Elysée « n’a pas atténué le sentiment que la magistrature (avait) ressenti face à une nouvelle humiliation ». Le premier président a même estimé que, venant du garant constitutionnel de l’indépendance de la justice, les commentaires de M. Hollande posaient « un problème institutionnel ».

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Dans le livre, le chef de l’Etat déclare : « Cette institution, qui est une institution de lâcheté… Parce que c’est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux… On n’aime pas le politique. La justice n’aime pas le politique… » L’Union syndicale des magistrats (USM) s’est dite « consternée par ce double discours », et demande que ces propos « soient infirmés ou retirés ». Le Conseil supérieur de la magistrature a aussi dénoncé des propos « dangereux et injustes », tandis que les avocats ont fait part de leur « consternation » et « incompréhension » selon le président du Conseil national des barreaux (CNB) Pascal Eydoux. « Il doit s’excuser, il doit réparer », enjoint même l’avocat Jean-Pierre Mignard, proche du président.

« Détruire la fonction présidentielle »

Les organes regroupant présidents et procureurs des tribunaux, ainsi que les cours d’appel, ont de leur côté « vivement » déploré des propos qui « portent gravement atteinte au crédit et à la confiance que doivent avoir les citoyens dans leur justice ». Pour tenter d’éteindre l’incendie le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, a annoncé qu’il recevrait ces derniers vendredi 14 octobre, tout en rappelant « les engagements constants du président et du gouvernement pour défendre l’indépendance et la place essentielle de l’autorité judiciaire ».

En visite à Ottawa, le premier ministre Manuel Valls a lui aussi tenté de voler au secours de François Hollande, dont « l’indépendance de la justice a été la marque de l’action », soulignant que « rien n’a été fait contre [la justice] » sous sa présidence.

Sur le terrain politique, Alain Juppé s’est joint aux magistrats pour dénoncer des propos d’une « extrême gravité », et un président qui a « manqué gravement aux devoirs de sa fonction ». Et Nicolas Sarkozy, principal concurrent de l’ex-premier ministre pour la primaire à droite en vue de la présidentielle de 2017, a déploré le « mépris » de divers propos rapportés dans ce livre, dont ceux sur les magistrats. « Jusqu’où François Hollande va salir et détruire la fonction présidentielle ? », a lancé son prédécesseur, qui avait pourtant lui-même eu des relations tumultueuses avec les magistrats, comparés durant son quinquennat à des « petits pois sans saveur ».

Il n’aura donc fallu que quelques phrases pour que vole en éclats la relation plutôt apaisée, depuis 2012, entre l’institution judiciaire et François Hollande.

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