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FRANCOIS BAYROU NOUVEAU GARDE DES SCEAUX

La longue marche de François Bayrou

Par Judith Waintraub
Publié le 17/05/2017 à 19h19

PORTRAIT- Le président du MoDem fait son retour au gouvernement. Il avait quitté l’Éducation nationale en 1997.

À défaut d’être le héros de la recomposition, François Bayrou revient en majesté au gouvernement, après vingt ans loin du pouvoir. Ministre d’État, garde des Sceaux, ministre de la Justice, il en devient le numéro quatre. «La justice est la clef de voûte d’une société de confiance», a-t-il déclaré lors de sa passation de pouvoir avec Jean-Jacques Urvoas, mercredi après-midi.

En février, quand le président du MoDem a fait son «offre d’alliance» au candidat d’En marche! , il assurait: «Je n’ai rien demandé.» Il a tout obtenu: un rang prestigieux et deux ministères en plus du sien, alors que le MoDem ne comptait plus aucun représentant à l’Assemblée depuis le départ de son ami Jean Lassalle. Sans oublier, bien sûr, les investitures que le maire de Pau a arrachées à Emmanuel Macron après avoir publiquement dénoncé le non-respect d’un«accord» censé n’avoir jamais existé. Grâce aux quelque 80 circonscriptions qui lui ont été finalement données à ce stade, il est assuré de retrouver un groupe parlementaire et de prendre ainsi sa revanche sur l’UDI, qui représentait le centre à elle toute seule à l’Assemblée. Le «sacrifice», pour reprendre encore un mot utilisé par Bayrou lui-même, valait bien qu’il renonçât à se présenter une quatrième fois à la présidentielle.

«Le dépassement des clivages que j’ai porté depuis quinze ans est peut-être enfin à portée de main»
François Bayrou

Les sondages ne le créditaient que d’environ 5 % des voix. Pour autant, son pari sur Emmanuel Macron n’était pas gagné d’avance. Au début, comme tout le monde, le fils d’agriculteur béarnais ne croyait pas à celui qu’il appelait «le candidat des forces de l’argent», et avec lequel il ne se reconnaissait pas de valeurs communes. Ce n’est pas un hasard si la moralisation de la vie publique est l’un des deux domaines, avec la proportionnelle aux législatives, sur lequel il ait demandé des engagements formels au candidat d’En marche!. Il a obtenu la promesse qu’un projet de loi sur le sujet soit soumis au Conseil des ministres avant les législatives. Le texte devait même être présenté dès le premier Conseil, ce jeudi. Un calendrier «trop ambitieux», a-t-on finalement estimé à l’Élysée, tout en promettant que l’engagement serait tenu d’ici les élections des 11 et 18 juin. Sitôt arrivé Place Vendôme, François Bayrou a assuré que ce serait le cas. Sa nomination au poste de ministre de la Justice en fait le premier garant du respect des promesses du candidat à la présidentielle en matière de vertu publique.

L’autre grand sujet qui a rapproché Bayrou et Macron, c’est bien sûr la recomposition. «Le dépassement des clivages que j’ai porté depuis quinze ans est peut-être enfin à portée de main», a commenté le fondateur du MoDem en passant le flambeau au candidat d’En marche! Quand le khâgneux né à Bordères entre en politique, en 1982, après avoir été la plume de Jean Lecanuet, puis de Raymond Barre, il est député d’une UDF ancrée à droite. Ministre de l’Éducation nationale en 1993, dans le gouvernement de cohabitation d’Édouard Balladur, qu’il soutient à la présidentielle, il y sera tout de même reconduit en 1995 par Jacques Chirac, qui le considère toujours comme un allié politique.

Son refus de se fondre dans l’UMP créée par le président réélu en 2002 est sans doute l’acte fondateur de sa recherche d’une voie centriste qui transcende les frontières partisanes. Elle sera longue et de plus en plus solitaire. Sa rupture avec Nicolas Sarkozy en 2007 et, plus encore, son vote en faveur de François Hollande contre le président sortant en 2012 lui aliéneront définitivement ses anciens amis. Devenu un repoussoir pour une majeure partie de la droite, élus et électeurs confondus, sera-t-il un atout pour Emmanuel Macron? De la part du chef de l’État aussi, le pari est audacieux.

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